Evelyn Askolovitch

Paris

« Quand mon père est tombé dans la neige, après Bergen-Belsen, j'ai eu peur qu'il meure. Je n'ai ensuite jamais cessé de m'inquiéter pour lui »

 

Evelyn Askolovitch est une battante. Nombreux sont ceux qui l’ont rencontrée dans ses actions militantes. 

Dès les années 1970, elle livre avec la Coopération féminine et le Crif un combat acharné pour la libération des Juifs d’URSS, allant même jusqu’à se rendre à Moscou, ou confie-t-elle un jour à Simone Veil, elle a eu “l’impression de se sentir dans un camp”.

Et pour cause…. Evelyn sait ce qu'est un camp : le jour de ses 6 ans, elle est dans le camp de concentration de Bergen-Belsen.

 

Evelyn Askolovitch, née Sulzbach, voit le jour le 15 juillet 1938 aux Pays Bas, à Amsterdam, la ville de toutes les tolérances. 

Ce n’est pas un hasard qu’elle y soit née. Originaire d’une famille de juifs allemands plutôt pratiquants, installés en Allemagne depuis le 15ème siècle, la branche paternelle quitte le pays après l’accession d’Hitler au pouvoir.

Ses parents se marient le 2 juillet 1936 et s’installent à Amsterdam, son père rêvait de devenir chanteur d’opéra, sa mère, juge pour enfants, mais la vie en a décidé autrement.

 

 

En 1940, l’Allemagne nazie envahit les Pays Bas en trois jours. Le royaume capitule. La collaboration avec l’occupant est active. Pourtant les Juifs sont très intégrés dans la société hollandaise.

Son père est arrêté dans “une rafle spontanée”, le 12 juillet 1942, alors qu’il se rendait chez ses parents. Ce jour-là, trente hommes sont arrêtés en représailles d’un attentat commis par la résistance. Après trois jours de marche, les trente hommes sont relâchés et le père d’Evelyn rentre à la maison. Ce même jour, la tante d’Evelyn, Caroline, est arrêtée et déportée à Auschwitz-Birkenau.

Le 12 mars 1943, deux soldats sonnent à la porte des Sulzbach. La mère d’Evelyn est seule à la maison. Ils lui ordonnent d’aller chercher sa fille et son mari. La famille prend quelques affaires puis est internée dans le Théâtre hollandais qui fait office de lieu de regroupement des juifs avant leur déportation. 

L’internement dans le Théâtre dure deux semaines. La famille est ensuite emmenée au camp de concentration de Vught, un camp très dur où sont internés hommes, femmes et enfants.

 

 

Le 6 juin 1943, Evelyn et sa mère sont transférées dans le camp de Westerbork à bord de l’un des terribles Kindertransport, des convois composés exclusivement de jeunes enfants et de leurs mères. Son père les rejoint à Westerbork le 2 juillet. 

Le 15 février 1944, Evelyn et ses parents sont sur les listes des convois de déportation mais, forts du passeport du Honduras que le père a réussi à se procurer, ils ne sont pas déportés à Auschwitz mais à Bergen-Belsen

Evelyn a des souvenirs “par flash” de Bergen-Belsen : le bombardement du camp par les Américains, les châlits, mais ces souvenirs sont venus bien plus tard et au hasard d’autres évènements.

Elle se souvient aussi d’avoir beaucoup pleuré quand le sac contenant les vêtements de sa mère a été volé : la fin “des jours heureux, où tout était bien”.

Parmi les quelques souvenirs qu’elle a de son internement à Bergen-Belsen, il y a le jour de ses 6 ans. Son cadeau ? Une tartine de pain avec des flocons d’avoine et un “6” confectionné avec les mêmes flocons.

 

 

Début janvier 1945, les nazis procèdent via la Croix-Rouge à un échange de prisonniers allemands détenus par les alliés contre 300 juifs détenteurs de passeport du Honduras, du Paraguay ou de Haïti. La famille d’Evelyn est sur la liste.

Le jour où la famille est appelée pour le départ, le père d’Evelyn, très affaibli, ne veut pas se lever. “J’adorai mon père, j’avais toujours peur qu’il lui arrive quelque chose” confie Evelyn. “Ma mère a littéralement tiré mon père du châlit puis nous nous sommes rendus à l’appel” raconte t-elle.

Après 10 jours de voyage, ils arrivent dans un camp placé sous les auspices de l’UNWRA. Le père d’Evelyn est à bout de force et tombe. “Quand mon père est tombé dans la neige, après Bergen-Belsen, j'ai eu peur qu'il meure. Je n'ai ensuite jamais cessé de m'inquiéter pour lui” avoue t-elle.

La famille est libérée par la Légion étrangère et rentre aux Pays-Bas le 31 janvier 1946. 

 

 

Bien plus tard, à l’aube de ses 50 ans, et alors que les cauchemars affluent, Evelyn commence à consigner les souvenirs de sa déportation. Son mari, Roger Ascot, l’encourage à publier un article dans la revue qu’il dirige, L’Arche.

Elle apprécie les bonheurs très simples : être dans sa maison de campagne, s’occuper de son arrière-petit-fils, et chanter avec sa petite-fille.

Depuis plus de sept ans, Evelyn se rend dans des écoles, des collèges, des lycées, participe à des colloques, à des projets, même dans des établissements pénitenciers pour y raconter son histoire, "celle d’une petite fille qui, entre l’âge de 4 ans et demi et 6 ans et demi, a été dans 3 camps de concentration, et s’en est sortie, miraculeusement."

Elle fait ce travail de mémoire, se sachant faire partie "de la toute dernière génération de survivants qui a vécu la Shoah", pour que, quand elle et les autres survivants ne seront plus là, la Shoah vécue reste dans la mémoire des jeunes qu’elle rencontre.

Pour Evelyn, l’égalité est une valeur très forte, tout comme la solidarité. “On a tous besoin les uns des autres” conclue-t-elle avec conviction.